Librairie : Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur

J’ai profité des vacances et de l’impossibilité de rédiger sur le blog pour lire davantage. Ce roman était dans la maison que nous avions louée, et j’ai adoré cette lecture, même si ce n’est pas une lecture d’été légère. J’ai déjà lu avec plaisir plusieurs romans de Grégoire Delacourt :

  • La liste de mes envies
  • L’écrivain de la famille
  • Danser au bord de l’abîme (son dernier, que j’ai adoré et que je vous présenterai ici)

Je crois d’ailleurs que je vais commander ses autres écrits car c’est un auteur qui ne m’a jamais déçue.

L’incipit

Pour en revenir à On ne voyait que le bonheur, en voici l’incipit :

Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euro.

Une vie ; le col enfin à dix centimètres, le souffle court, la naissance, le sang, les larmes, la joie, la douleur, le premier bain, les premières dents, les premiers pas ; les mots nouveaux, la chute de vélo, l’appareil dentaire, la peur du tétanos, les blagues, les cousins, les vacances, l’allergie aux poils de chats, les caprices, les sucreries, les caries, les mensonges déjà, les regards en coin, les rires, les émerveillements, la scarlatine, le corps dégingandé qui pousse de travers, les oreilles longtemps trop grandes, la mue, les érections, les potes, les filles, le tire-comédon, les trahisons, le bien qu’on fait, l’envie de changer le monde, de tuer les cons, tous les cons, les gueules de bois, la mousse à raser, les chagrins d’amour, l’amour l’envie de mourir, le bac, la fac, Radiguet, les Stones, le rock, le trichlo, la curiosité, le premier boulot, la première paye, la bringue pour fêter ça, les fiançailles, les épousailles, la première tromperie, l’amour à nouveau, le besoin d’amour, la douceur qu’on suscite…

J’ai beaucoup aimé cette énumération qui nous entraîne immédiatement dans le fameux « tourbillon de la vie« . D’ailleurs l’auteur lui-même parle ainsi de son incipit :

On ne voyait que le bonheur s’ouvre sur une très longue phrase qui illustre une définition de la vie et elle ne s’arrête que lorsque la vie s’arrête. Il me semble que « mon écriture » est maintenant au plus près de chaque personnage, de chaque situation. Elle ne se regarde pas, elle donne à voir. J’ai besoin de moins de mots pour aller plus loin. A l’arrivée, ce que me disent les lecteurs, c’est qu’ils sont « bien dans mes livres ».
C’est important, ça.

Résumé

Antoine, 38 ans, apprend que son père est condamné. Il voit alors sa propre vie défiler et se met à en estimer la valeur, lui qui passe son temps à mesurer celle des autres, en sa qualité d’assureur. Chaque chapitre est un prix qui évoque un souvenir. Ainsi  » trois cent quatre-vingt-dix-neuf quatre-vint-dix-neuf » renvoie au prix du costume que son père vient d’acheter, lui qui a maigri à cause de la maladie, a retrouvé la taille de sa jeunesse

quand tout était possible, et que leur amour allait embellir leurs vies. Mais j’étais arrivé et j’avais broyé leurs rêves.

J’avais été le début et la fin.

On ne sait pas on attend maintenant le docteur dit qu’il n’y a plus rien à faire c’est lui qui décide enfin c’est lui quand on dit que c’est lui c’est cette chose c’est elle maintenant qui va avoir le dernier mot tu vois alors ton père peut être encore là demain dans un mois six mois six ans il peut partir tout à l’heure on n’en sait rien…

Ce petit extrait vous permet d’appréhender le style de Grégoire Delacourt : dans cette dernière phrase (qui continue encore sur plusieurs lignes) sans ponctuation, on voit le désarroi de la mère qu’elle déverse dans une logorrhée sans reprendre son souffle.

Le titre

J’ai beaucoup aimé ce titre qui est une phrase du livre : une réflexion que se fait Antoine en regardant une photo où on ne montre que ce qui est joli. Tout le reste est caché : la tristesse, l’absence, les ratés… On sent que tout est prêt à basculer, que le tapis sous lequel on cachait la poussière va être soulevé.

Mon avis

Ce livre est le plus personnel de l’auteur à ce jour : il l’a écrit au moment où il venait d’apprendre la mort imminente de son père. Il déclare :

C’est en cela qu’il est le plus personnel, il éclaire certaines de mes ombres. J’y explore mon rapport de fils, mais aussi de père. C’est une odyssée violente. J’en suis sorti épuisé. Et orphelin.

C’est une lecture qui m’a beaucoup émue, et même remuée, mais que je voulais absolument continuer. Grégoire Delacourt y évoque le temps qui passe, tout ce que l’on perd, les regrets, la vieillesse, la maladie… mais aussi des souvenirs heureux. Il donne envie de profiter de chaque instant.

Et c’est un livre qui fait écho en moi car beaucoup de personnes de mon entourage vivent la même chose actuellement. Cela me permet de leur dire que je pense fort à elles…

 

 

 

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