Librairie : Nous étions faits pour être heureux, Véronique OLMI

Depuis des semaines, je me dis qu’il faut que je sois au rendez-vous librairie du vendredi car c’est un plaisir de prolonger ma lecture en la partageant ici. Je trouve enfin le temps aujourd’hui. J’ai décidé d’être plus concise car le mieux est l’ennemi du bien. Tant pis si je ne développe pas trop, l’essentiel est que je vous ai présenté le livre que j’avais à coeur de faire découvrir, et si possible que je vous ai donné envie de le lire à votre tour.

Véronique OLMI est une auteur(e) (d’ailleurs quel est votre point de vue sur la féminisation des noms du type auteure / professeure / écrivaine ? ) contemporaine née en 1962. Elle a notamment écrit Cet été-là, que j’ai beaucoup apprécié et dont je vous parlerai.

Voici l’incipit :

Il est là, en face de moi, place des Abbesses. Il ne me voit pas. Le col de son manteau est relevé, il a mis ses gants de cuir brun, son écharpe Hermès. Les lumières du manège lancent des éclats crus et colorés sur son visage, marquent ses cernes, et les rides à son front. Il lève parfois la main pour répondre au « coucou » de Chloé, assise sur un cheval de bois.

Il lui sourit, mais le manège a tourné, Chloé ne le voit pas, et son sourire devient nu, presque misérable sous les lumières flottantes.

Il va s’asseoir sur un banc de la place. Allume une cigarette. Il écarte les jambes, laisse ses bras tomber entre ses genoux, regarde quelque chose à ses pieds.

Ou ne regarde pas.

Le manège tourne toujours. Les enfants crient de joie et la brume flotte devant leur bouche, le vent soulève leurs cheveux, je pense à deux choses : ces enfants pourraient avoir une otite. Et aussi : je pourrais m’approcher de l’homme assis sur le banc et partir avec lui.

Encore une fois.

Mais le manège s’arrête, le tour est terminé.

L’homme écrase sa cigarette, quitte le banc pour aider sa fille à descendre du cheval de bois. Il lève la tête et me voit. Se fige. Son enfant à bout de bras. Son regard s’agrandit, l’air lui manque. Chloé s’agrippe à lui, lui tord le cou, tire sur ses épaules, son écharpe.

Je fais un signe de la main. Avant de m’en aller.

Qui est cette narratrice ? Quel est son lien avec cet homme ? Nous le saurons dans les pages suivantes.

Cet événement se produit le 18 octobre 2012, puis nous revenons un an auparavant : le 20 septembre 2011. Je vous cite la suite qui est éloquente et donne le ton du roman :

La première fois. Bien sûr il faut raconter la première fois, même si on ne le sait pas. Ce jour-là, je ne savais pas que j’avais rencontré Serge, que cela s’était mis en marche. C’est après que cela se comprend, après que l’on se demande si l’autre nous avait vu, s’il avait senti quelque chose, on ne sait quoi, quelque chose de différent, comme quand on trébuche et que le sol nous apparaît dans une autre perspective.

En réalité ce jour-là, Suzanne rencontre d’abord la femme de Serge. Suzanne accorde des pianos, et elle se rend chez une nouvelle cliente, rue Lepic. Serge n’est pas là mais la rencontre s’amorce.

Suzanne mène une vie a priori banale et terne, partage sa vie avec Antoine, son mari qui déteste le foot mais se tient au courant de tous les matchs pour avoir une discussion avec ses collègues dans le garage où il travaille.

Serge, quant à lui, dirige une agence immobilière spécialisée dans le luxe. Agé d’une soixantaine d’année, il a une femme jeune et belle, deux beaux enfants, un bel appartement à Montmartre. Mais tout vas s’effondrer lorsqu’il rencontrera Suzanne. Il ne s’agit pas d’un coup de foudre, simplement d’un besoin de changer de vie, d’une concordance des temps. En parlant de temps, j’ai beaucoup aimé cette réflexion que Serge se fait au sujet de sa femme :

Il ne peut rien refuser à Lucie, elle est belle et elle a trente ans de moins que lui, c’est finalement la seule dette qu’il ait en ce monde, cette sensation d’avoir à rendre toutes ces années qu’il lui vole, et tout ce qu’il lui tait, comme on tait l’essentiel de ses frayeurs à une enfant que l’on ne chérit que pour son innocence.

Serge va donc s’éprendre de Suzanne, mettre en péril la vie en apparence si brillante qu’il s’est construite pour aimer en cachette Suzanne dans un duplex du 5ème arrondissement qu’il est censé mettre en location. Mais surtout Serge se confie, il raconte ce qu’il n’a jamais dit, il fait ressurgir le petit garçon qu’il était et lui fait un terrible aveu sur cette époque. Un aveu qui nous tient en haleine, et nous fait comprendre son attitude d’adulte.

Mon avis :

C’est un court roman que je vous recommande vivement. Ce n’est pas un roman léger, mais il va vous faire voyager dans Paris, dans l’enfance, dans les regrets et les désillusions, puis vous donner de l’espoir et l’envie de profiter de chaque instant.

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