Le vendredi c’est librairie : Amours, Léonor de Recondo

J’ai découvert l’auteur et ce roman dans  mon émission favorite La Grande Librairie.

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Le thème m’a laissée un peu dubitative, mais j’ai eu raison de laisser mes doutes de côté et de me lancer dans cette lecture absolument formidable. J’avais l’impression d’être plongée dans l’univers de Flaubert ou de Maupassant.

Pourtant l’histoire ne se passe pas en Normandie au XIXème siècle, mais dans une maison bourgeoise du Cher en 1908.

Victoire s’ennuie dans sa vie d’épouse corsetée. Son mari, le notaire Anselme de Boisvaillant, rend régulièrement visite à Céleste, la bonne de dix-sept ans. Cette dernière tombe enceinte tandis que Victoire reste stérile… La décision est prise : cet enfant sera celui du couple officiel.

Céleste, la taiseuse, qui subit les assauts du maître de maison en essayant, par la pensée, de s’évader loin de cet acte qui lui répugne, tente d’abord de cacher cette grossesse. Elle ose entrer dans la chambre de Victoire pour essayer un corset qui comprimerait ce ventre indésirable :

Elle ouvre la garde-robe. Elle ne l’a jamais fait auparavant. C’est Huguette qui s’occupe des habits de madame. Il y a des boîtes, des chapeaux, des manteaux, des robes et, derrière, les corsets. Ils sont là. Elle prend celui qui se trouve en dessous des autres. Victoire ne doit plus l’utiliser.

Céleste, tout à coup, perd la raison. Elle veut l’essayer ici, maintenant. Elle se déshabille, prend le corset, enrage quand elle comprend qu’il se lasse dans le dos. Ce sera compliqué tous les matins de le mettre, mais elle le fera, elle n’a pas le choix. Dans sa frénésie, elle n’entend pas la poignée de la porte qui tourne. Madame a oublié quelque chose et revient sur ses pas.

En entrant, Victoire pousse un cri. Ce n’est pas parce que Céleste est nue dans sa chambre, entourée de boîtes et d’habits, mais parce qu’elle a vu le ventre. Le ventre et le corset.

« Le ventre et le corset » : cela résume parfaitement ce duo de femmes qui va entrer dans une complicité surprenante.

En effet Victoire s’accapare le bébé dès sa naissance, mais elle ne sait pas quoi faire de ce petit être bruyant, elle joue du piano de plus en plus fort, de plus en plus souvent,  pour en recouvrir les cris. L’enfant, privé de tendresse, maigrit et se meurt. Céleste, mue par un instinct plus animal encore que maternel, lui apporte tendresse et nourriture en cachette. Victoire les découvre, et nous surprend :

Un souffle nouveau qui sort l’enfant de son engourdissement. Peau contre peau, ils se retrouvent.

Victoire se réveille. La chambre est différente. Quelque chose dans son sommeil l’a alertée. Elle allume, le couffin a disparu. Elle se lève. Où est-il ? Ses pas la mènent directement à la chambre de Céleste, et quand, à la lumière vacillante de sa lampe, elle découvre Céleste et Adrien enlacés, sans hésitation, elle se déshabille aussi. Car sa place est près d’eux, sur ce petit lit de fer où Céleste l’accueille. Et leurs trois peaux ne font qu’une. Les uns contre les autres, s’aimer.

Un roman à l’écriture classique, claire et touchante. Une ode au corps féminin : malmené par des corsets, haï chez Victoire, puis accepté, érotisé et magnifié.

 

 

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