Librairie : Gwenaële Robert, Tu seras ma beauté

Je serai ton esprit, tu seras ma beauté.

Voici la tirade de Cyrano de Bergerac qui a inspiré ce titre. L’histoire de Cyrano vous la connaissez tous, sans avoir vu le film ou lu la pièce, comme moi(je le reconnais un peu honteuse, mais je compte bien pallier ce manque) : Cyrano écrit des déclarations magnifiques en lieu et place de Christian, le beau jeune homme qui n’a pas ce talent.

Ce roman est une espèce de retranscription de cette histoire dans le monde contemporain, à Saumur, mais dans un univers féminin.

Si j’avais dû écrire un roman, j’aurais rêvé d’écrire celui-ci : un texte maitrisé, ciselé ; une histoire originale et crédible ; des personnages qui s’incarnent sous nos yeux et de nombreuses références littéraires qui lui apportent relief et richesse. Qui est l’auteure, Gwenaële Robert ? Une professeure de lettres qui vit à Saint Malo et publie son premier roman… Je comprends mieux les références et les raisons pour lesquelles ce texte me parle autant.

 

Résumé

Lisa, professeure d’EPS au physique avantageux et au charme ravageur, se rend au salon du livre de Saumur pour faire dédicacer un roman à succès, Rizières, pars son auteur Philippe Mermoz. Ce dernier, un bellâtre qui fait rêver les Emma Bovary en puissance, constitue un nouveau défi pour Lisa. Elle qui venait pour offrir un livre dédicacé (qu’elle n’a pas lu) à sa mère, décide de le séduire en voyant le succès qu’il a, et son allure de « tennisman de l’avant-guerre » ne la laisse pas indifférente.

Mermoz, comme tous les hommes qu’elle croise, est troublé par cette grande blonde martiale, sportive, qui respire la santé et la confiance en elle. Il glisse un petit papier dans l’exemplaire dédicacé. Lisa s’apprête donc à lui écrire un texto quand elle constate qu’il ne s’agit pas de son numéro de téléphone mais de l’adresse de son éditeur ! Il souhaite donc qu’elle lui écrive des lettres ? Mais ce n’est pas son domaine et elle a bien mieux à faire. L’envie de le revoir et d’atteindre son objectif est pourtant forte. Elle décide donc de demander un service à Irène, une collègue professeure de français, à l’apparence ordinaire, à la vie grise comme ses yeux. La collègue qu’on oublie mais que l’on va consulter quand il s’agit d’écrire une lettre de condoléances ou un mot pour l’Amicale des professeurs. Cette dernière, hésitante, finit par accepter l’échange épistolaire.

Dès la première lettre elle se livre, se confie sur sa vie, ses goûts littéraires surtout, sans rien révéler du subterfuge. Lisa ne cherche pas à connaître le contenu des lettres, elle veut simplement le revoir et -soyons clairs – le mettre dans son lit.

Mais les lettres se sont de plus en plus fréquentes et intenses, l’échange se mue en amour platonique… et Mermoz se fait de plus en plus pressant pour revoir sa belle épistolière… 

Je ne vous en dis pas davantage et espère vous avoir donné envie de lire ce roman que j’ai fini hier à regret. L’éternelle ambivalence des sentiments face à un livre que l’on aime : l’envie de le finir et le regret d’en achever la lecture. Mais j’ai la chance de pouvoir en parler et de prolonger ce plaisir en le partageant.

Voici l’incipit

Son regard se pose sur le cadran de sa montre. Onze heures. Dieu ! Que le temps passe lentement en province… Et dire qu’on n’a pas entamé le plateau de fromages ! Il s’abîme dans la contemplation hébétée de la nappe blanche damassée sur laquelle gisent les vestiges d’un dîner englouti sans faim, sans plaisir : boule de pain éventrée, couteau sale, miettes éparses, taches de vin… Autour de lui, il entend des rires, des conversations, la rumeur ordinaire des fins de souper. Lui est seul. Il en veut un peu à Hélène, son agent, de l’avoir envoyé ici, à trois heures de Paris, sans même l’escorter. Oh, bien sûr, il aurait pu se flatter d’une compagnie féminine, s’il avait voulu ! Tiens, sa voisine de table au stand des dédicaces, une trentenaire qui vient de publier son premier roman. Jolies mains, regard clair, jupe en cuir. Ou l’employée de la librairie du centre-ville, physique ordinaire, un peu massive, mais une belle voix, chaleureuse et enthousiaste. C’est elle d’ailleurs qui l’a invité à ce Salon, l’a accueilli à la gare, vous avez fait bon voyage, vous verrez l’hôtel est très tranquille, sa table est réputée… Ou encore une lectrice, il en a vu défiler tant, depuis l’ouverture du Salon : des timides, des exubérantes, des passionnées, des discrètes, des fanatiques ; toutes attendant patiemment leur tour, à la file, une procession de communiantes se dirigeant vers l »autel des dédicaces : « C’est pour Léa », « Je m’appelle Virginie », « Alors si vous pouviez le dédicacer pour Sylvie… »

Il y en a bien une qui s’est distinguée des autres avec ses jambes immenses et son sourire carnassier, une dont le visage lui revient en mémoire pendant qu’il roule négligemment des boules de mie de pain sur la nappe. Pas une Bovary, celle-là. Pas le genre de femme à caresser les pages d’un roman en attendant que l’auteur vienne, au Salon du livre annuel, la sortir de sa torpeur provinciale.

Si vous souhaitez poursuivre la lecture, que je vous recommande vivement, Tu seras ma beauté est édité chez Robert Laffont et disponible, entre autres, ici.

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