Librairie : Jean-Claude Mourlevat, Mes amis devenus

Me voici de retour pour ce rendez-vous librairie avec un roman que j’ai beaucoup aimé : Mes amis devenus, de Jean-Claude Mourlevat, édité chez Fleuve Editions.

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Chapitre 1

Le chat dans sa couverture. L’idée de Jean. Le ferry qui s’en vient.

Sur le ferry qui relie Le Conquet à l’île d’Ouessant, nous ne sommes pas plus de vingt passagers, et la plupart somnolent en cabine malgré le temps clair. C’est le milieu de l’après-midi, un samedi d’octobre. La mer est étale, je la regarde scintiller, appuyé au bastingage. Naviguer vers une île, même si c’est pour un simple saut de puce, me remplit d’allégresse, sans doute parce que je suis un enfant de l’intérieur des terres, et que rien ne m’est aussi exotique, rien ne me parle autant de liberté que le grondement sourd d’un moteur de bateau, le vent marin et le cri des mouettes. je suppose que je suis le seul non-îlien à bord, du moins si j’en juge par le désintérêt que les autres portent à la traversée.

Au bord du Stiff, j’avise un taxi et lui demande s’il connait M. Pâques. Bien sûr que je connais Joseph, me répond le chauffeur, c’est pour la clé, j’imagine. Vous avez loué la maison d’à côté ? Il a raison. Le week-end, l’agence est fermée et le vieux M. Pâques rend ce service de remettre la clé aux locataires, puisqu’il habite tout près.

Sa bicoque délabrée est peinturlurée de vert, de rouge et de jaune écaillés. Suivez le guide ! me lance-t-il, et j’ai la certitude que c’est la plaisanterie d’usage qu’il sert à tous ceux qu’il accueille. Il pousse un portillon mal ajusté et nous suivons un étroit passage dans le fatras de son jardin : des hectomètres de vieilles cordes qui s’effilochent jusqu’à partir en poussière, des tuyaux en caoutchouc de tous diamètres, des mètres cubes de planches et de ferraille enchevêtrées. Vous êtes les parisiens ? demande-t-il, et je ne prends pas la peine de le détromper, bien qu’aucun de nous ne cinq ne vienne de Paris.

Le narrateur, Silvère, attend ses amis pour passer un week-end de retrouvailles à l’île de Groix. L’un d’eux, Jean, est comme son frère, mais il n’a pas revu les trois autres depuis quarante ans. Cette attente lui permet de convoquer les souvenirs qu’il a avec chacun : Lours’, le grand gaillard au coeur tendre, Luce l’excentrique et surtout Mara, la belle qu’il a tant aimée. J’ai d’ailleurs aimé ce passage où il montre ses difficultés à décrire sa beauté :

On se sent souvent très gauche pour décrire la beauté. Autant il est facile de donner à voir des mentons en galoche et des nez en trompette, autant on peine à dire de quelle façon une personne est belle et l’émotion qu’on éprouve à la regarder. Tout en elle me tourneboulait, son regard sombre en premier avec son triple effet : brûlure, caresse et noyade, mais aussi ses cheveux noirs dans lesquels j’avais envie de m’enfouir et de m’enfuir, le grain de sa peau et aussi ce charnu des lèvres, cette pulpe, ces plis.

J’aime beaucoup Jean-Claude Mourlevat, un remarquable écrivain de littérature jeunesse. L’an dernier il avait publié un roman magnifique, écrit avec Anne-Laure Bondoux : Et je danse aussi. Vous pouvez d’ailleurs retrouver l’article que je lui avais consacré.

C’est un beau roman sur l’amitié, les liens indéfectibles malgré le temps qui passe, les fous rires retrouvés, les regrets, les amertumes, mais aussi l’irrépressible envie de vivre. Typiquement le livre dont nous avons besoin en ce moment 🙂

Je vous souhaite un bon week-end !

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