Librairie : La lettre de Queenie, Rachel Joyce

La lettre de Queenie, tout ce qu’elle n’a pas pu dire à Harold Fry, est le pendant de l’émouvant roman sorti en 2013 : La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry. Je ne parle volontairement pas de suite, car les deux se complètent, de façon inégale malheureusement.

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Parlons brièvement du premier :lettrequidevait

Harold Fry part poster une lettre destinée à une ancienne amie qui vient de lui annoncer sa mort imminente :

« Je suis en chemin. attends-moi. Je vais te sauver, tu verras. Je vais marcher, et tu vivras. »

Mais il décide finalement de ne plus s’arrêter, il parcourt plus de 1000 kilomètres à pied, il sait qu’il doit continuer à marcher, pour elle, pour Queenie.

Ce premier roman m’a profondément émue et marquée. J’étais impatiente de lire la « suite », mais mon enthousiasme s’est rapidement dissipé.

Voici l’incipit :

 Il y a longtemps, Harold, tu m’as dit :

– Il y a tant de choses que nous ne voyons pas.

– Que veux-tu dire ? ai-je demandé, tandis que mon coeur faisait un bond dans ma poitrine.

– Les choses qui sont juste sous nos yeux, as-tu répliqué.

Tu conduisais comme tu le faisais toujours et j’étais assise sur le siège passager. la nuit tombait, je m’en souviens, et nous retournions sans doute à la brasserie. Au loin, les lampadaires parsemaient de taches de lumière la lisière bleu velours de Dartmour et la lune était, elle, une discrète tache de craie.

J’avais la vérité sur le bout de la langue, je ne pouvais plus le supporter.

{…}

Une fois de plus le moment était passé. Une fois de plus je ne t’avais rien dévoilé. Nous avons continué à rouler.

C’est la deuxième lettre que je t’écris Harold, et cette fois ce sera différent. Pas de mensonges. Je vais tout t’avouer parce que tu avais raison ce jour-là. Il y avait tant de choses que tu ne voyais pas.

Un début prometteur. Queenie n’a plus de contact avec Harold Fry depuis vingt ans. Il était son chauffeur dans le contexte professionnel. Mais Harold n’a jamais remarqué les regards plein d’amour que Queenie lui lançait. Elle l’a aimé dans l’ombre pendant des années… ce n’est pas l’aveu essentiel qu’elle lui fait dans cet ouvrage, elle a un secret bien plus lourd à lui révéler.

J’ai aimé la beauté de cette abnégation, la dignité de cette femme qui se met en retrait pour ne pas interférer dans la vie de l’homme qu’elle aime. J’ai eu envie de découvrir le contenu de ce secret si pesant.

Mais cette lecture m’a rendue triste. Queenie est dans un mouroir, il n’y a pas d’autre mot. Elle voit chaque jour les pensionnaires la quitter. Chaque mort est décrite, avec pudeur certes, mais cette atmosphère m’a gênée.

Une lumière est néanmoins présente : tous espèrent voir arriver le fameux Harold Fry, devenu célèbre car la marche improvisée de cet homme âgé qui veut sauver son amie a suscité un émoi national.

J’ai fini le livre tant bien que mal, il y avait de très jolis passages, mais aussi des longueurs et des répétitions. Il n’est pas à la hauteur du premier… c’est malheureusement souvent ainsi.

Certaines citations me permettent pourtant de ne pas du tout regretter cette lecture.

L’amour sans bornes de Queenie pour Harold :

Je t’ai cherché, Harold, au cours de ces années où j’ai vécu sans toi. Pas un jour ne s’est écoulé sans que je pense à toi. Il y eut un temps où j’espérais que cela s’arrête et où je m’efforçais d’oublier, mais cela me demandait tant d’énergie que c’était plus facile d’accepter le fait que tu étais une partie de moi et de continuer à vivre.

Les aspirations littéraires :

J’avais commencé à lire Baudelaire, les poètes romantiques et les soeurs Brontë, et j’espérais que quand je tomberais amoureuse, ce serait avec élégance.

L’évidence :

C’est dommage que les hommes de petite taille ne portent pas de talons, cela éviterait à tout le monde beaucoup d’ennuis.

L’amour qui transfigure la banalité :

Quand on est avec quelqu’un qu’on aime, tout ce qu’il fait et dit nous enchante. J’adorais ta voix, ta démarche, ton mariage, tes mains, tes chaussettes rayées, le nœud de ton écharpe, tes sandwiches au pain blanc, j’aimais tout de toi. C’est le premier stade enivrant où tout, chez la personne, est si nouveau et étonnant qu’on a besoin de s’arrêter, de regarder, d’écouter, de se l’approprier, et que rien d’autre n’existe. Le reste du monde devient gris et presque absent.

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