Librairie : La variante chilienne de Pierre Raufast

Lors de mon séjour à Chypre, j’ai lu un roman par jour, de quoi alimenter cette rubrique. Aujourd’hui je vous présente un roman original, étonnant et parfois dérangeant. Mais j’ai passé un très beau moment de lecture et j’espère vous donner envie de le lire :pierre-raufast

Voici l’incipit :

Le départ

  Tout commença par une grande frayeur.

Sur la route, un gendarme me fit signe de me garer. Il était jeune et transpirait abondamment sous le soleil de midi. Il me demanda mes papiers tout en jetant un coup d’oeil à l’arrière du véhicule. Ebloui par la clarté, il ne devina pas, cachée par une couverture sur la banquette, la présence d’une adolescente. Je comptais la cloîtrer pendant les deux mois d’été.

En revanche, il vit ma nervosité. Je dus couper le moteur, sortir du véhicule et ouvrir le coffre.

– Vous avez de gros sacs.

– Je pars en vacances.

– Pour combien de temps ?

– Deux mois.

Son sourcil droit se leva.

– Je suis enseignant, dis-je comme pour m’excuser.

Un large sourire se dessina sur son visage jusqu’alors fermé.

– Quelle chance vous avez ! Mon père est professeur de musique à Melun. Tout le temps en vacances… Quelle matière enseignez-vous ?

– Disons la littérature. Les idées.

Cet incipit m’a parlé : un professeur de lettres qui part deux mois en vacances, je suis en terrain connu 😉 Mais la raison de son angoisse à la vue du gendarme est surprenante : il cache dans son coffre Margaux, l’une de ses élèves âgée de 17 ans, qui part avec lui à la campagne. Une jeune fille dont l’intelligence et la sensibilité se lisent au fil des pages de sont carnet intime qui sont égrainées entre les chapitres. Elle cache un secret, une souffrance qui se dévoile, et que le narrateur, Pascal, veut l’aider à combattre.

Pascal a choisi une maison de campagne isolée pour que personne ne le voit aux côtés de Margaux. Il fait rapidement la connaissance de son voisin, Florin, autour de bouteilles de Saint Estèphe et d’un jeu aviné : celui d’éteindre tous les vers luisants en leur urinant dessus ! Une amitié naît entre les deux hommes. Florin raconte sa vie riche d’expériences et de métiers atypiques, mais surtout marquée par une donnée essentielle : il est incapable de ressentir des émotions depuis les dix jours qu’il a passés dans le coma à l’âge de treize ans.

Et puisque les souvenirs s’impriment parce qu’ils sont liés aux émotions, Florin a décidé d’associer un caillou à chaque événement dont il souhaite se souvenir. Il a ainsi des bocaux entiers, classés par année depuis 1971 :

    – Combien de souvenirs ?

– Chaque pot contenant une centaine de cailloux, je dirais dans les quarante mille. Mais attention ! Je les connais tous. Je discerne la forme et la texture de chacun et je me souviens exactement du moment où je l’ai ramassé.

Chaque caillou pioché au hasard nous révèle des rencontres, notamment celle d’Alphonse, le potier érudit qui a appris 14 langues anciennes afin de tenter de faire de l’archéo-acoustique ; celle de « La Dent », « Le Jaune » et « L’Ange » ses collègues fossoyeurs, sans foi ni loi, prêts à verser dans l’horreur pour gagner de l’argent…

Puis Margaux se met à parler également, et nous comprenons d’où vient son mal-être.

L’auteur, Pierre Raufast, écrit un petit mot aux lecteurs à la fin du roman, et cite Que ma joie demeure de Jean Giono :

Le monde se trompe dit Bobi. Vous croyez que c’est ce que vous gardez qui vous fait riche. On vous l’a dit. Moi je vous dis que c’est ce que vous donnez qui vous fait riche.

Et j’espère vous avoir donné envie de passer un beau moment en lisant cette Variante chilienne 🙂

Bon week-end !

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