Librairie : Marc Pautrel, La vie princière

Comme vous, certainement, j’aime acheter des livres qui m’ont été recommandés. Le choix est tellement vaste dans le domaine littéraire que j’aime être aiguillée. Le roman que je vous présente aujourd’hui a reçu les éloges et les propos dithyrambiques de Laurent Ruquier de Christine Angot dans On n’est pas couché. Je sais qu’il ne s’agit pas d’une émission littéraire, mais Laurent Ruquier est intelligent et sensible. Christine Angot quant à elle est un personnage que je trouve plutôt antipathique et dont je n’ai pas réussi à lire les romans (beaucoup trop auto-centrés et pas forcément bien écrits) mais j’ai eu envie de leur faire confiance.

D’ailleurs quand j’ai voulu commander ce livre le lendemain de l’émission, il était introuvable : je n’étais pas la seule à avoir suivi leurs conseils.

Résumé

Lors d’un séminaire dans un lieu exceptionnel, hors du temps et du quotidien : le Domaine, le narrateur, un écrivain, (j’allais d’ailleurs écrire « l’auteur » tant cela semble autobiographique) rencontre une belle jeune femme, italienne, qui fait des recherches pour sa thèse portant « sur la figure du Christ chez les auteurs du XXe siècle ».

Il tombe immédiatement amoureux. Ce bref roman (55 pages !) décrit leurs interactions, leurs affinités et leurs promenades dans ce lieu arboré et verdoyant, qui évoque les décors romantiques du XIXème siècle.

Que s’y passe-t-il ? Rien.

Une relation naît-elle entre eux ? Non.

En effet elle a un compagnon et en parle ouvertement, comme pour faire comprendre clairement sa situation, et le narrateur en est très respectueux.

Incipit

Chère L***,

Je voudrais pouvoir te remercier pour tout. Rester à tes côtés pendant ces quelques jours a été merveilleux, de la première à la dernière minute. Hier, j’étais si désespéré que tu sois partie, et si abandonné quand je me promenais sur les routes désertes du Domaine, j’ai erré toute la journée, je ne savais plus pourquoi j’étais vivant, je n’étais plus vraiment vivant d’ailleurs, j’étais une simple chose animée, un automate privé d’étincelle, et c’est seulement le soir que j’ai enfin compris que je ne pouvais plus faire qu’une chose, la seule chose que je sache faire dans la vie : me nourrir de mes propres phrases, et qu’il allait me suffire de t’écrire une lettre, de t’expliquer que j’étais tombé amoureux de toi, de te dire ce qui s’était passé et comment c’était arrivé, et qu’alors je serais soulagé.

 Mais ce matin, au moment de commencer ma lettre il me semble que je n’en suis plus capable, et même que c’est plus grave encore : la nuit de sommeil, la première après que tu as quitté le Domaine, m’a comme retiré le souvenir de toi et jusqu’à la souffrance de ton absence. C’est à la fois cruel et comique : j’ai l’impression qu’en moi un autre moi aveugle a utilisé les longues heures du sommeil pour tout effacer soigneusement, dans le seul but de me débarrasser du manque de toi. Et ça, c’est pire que tout, parce que je sais que je ne t’ai pas rêvée, parce qu’il reste quelque part en moi une trace tangible, une empreinte profonde de ce bonheur d’avoir été près de toi. Sauf que ma vocation pour la joie semble avoir été la plus forte, elle a fait le ménage pendant la nuit, les petits balayeurs de mon inconscient ont tout déblayé, ils m’ont soulagé de toi, mais moi je ne suis pas d’accord avec eux, je ne veux pas que tu disparaisses de moi, je veux te graver en moi, t’inscrire à l’intérieur de mon corps.

Je ne souhaitais rien t’avouer. Puisque tu as un compagnon, et que tu l’as répété plusieurs fois, me torturant sans le savoir dès que tu en parlais, je ne voulais pas perturber le paysage de ta vie privée, je ne voulais pas te gêner, te troubler et te mettre mal à l’aise. J’ai déjà subi ça, les avances d’une femme amoureuse pour laquelle je n’éprouvais rien, et c’est terriblement dérangeant, déplaisant et parfois angoissant, et je me disais que je ne voulais pas imposer ça à quelqu’un. Mais quand une réalité invisible a pris des dimensions si vastes, il n’est plus possible de la taire, cela deviendrait malhonnête par rapport à l’autre, ce serait un trop gros mensonge et un manque de respect. Et aussi, à présent que mon inconscient a traîtreusement cherché et failli réussir à te chasser de mon esprit, je veux à tout prix que tu survives en moi, que ces quelques jours survivent.

Mon avis

Comme vous pouvez le lire ci-dessus : il s’agit de vraie littérature.

Le style est ciselé, affirmé, précis, touchant et modeste. 

Ce livre m’évoque cette citation de Flaubert :

Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait presque invisible si cela se peut.

La vie princière semble y répondre, mais, malgré mon attachement au style… je me suis ennuyée ! J’ai béni le fait que le livre soit si court. Je pense que j’ai dû passer à côté de quelque chose de sublime car les critiques sont élogieuses, ou il me manque peut-être de la sensibilité ou de la finesse dans ma perception. Mais le résultat est là : je suis contente de l’avoir lu mais je regrette de l’avoir acheté.

Une fois de plus c’est un livre que je vous recommande si vous pouvez l’emprunter, mais gardez vos 10,50 euros pour autre chose.

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