Librairie : Quatre murs et un toit, Camille Anseaume

Camille Anseaume est une auteure dont j’apprécie la sensibilité, la perception des choses toujours empreinte de nostalgie et d’émotion.

Quand j’ai vu que son troisième roman sortait, je me suis empressée de l’acheter… et de le lire ! Le sujet m’a tout de suite plu : l’auteure passe une dernière semaine dans la maison de ses parents, avant qu’ils ne la vendent. Chaque pièce où elle passe fait ressurgir des souvenirs qu’elle nous livre sur le ton des confidences.

En voici l’incipit :

Ca s’écrit « 72, allée de la Primevère », mais ça se prononce « Soixantedouzealléedelaprimevère », en un seul mot. J’ai six ans, et jusqu’alors je n’avais pas la moindre idée de ce qu’était une primevère ; maintenant, je le sais, c’est notre nouvelle maison toute neuve. Et quand, au détour d’une conversation champêtre, d’autres prononcent ce mot, je trouve qu’ils se l’approprient un peu trop facilement.

Parfois, les gens se trompent et disent « allée des Primevères ». je les reprends avec la même pointe d’agacement et de condescendance que lorsqu’on écorche mon nom de famille. Non, pas « Ansséaume », « Anseaume ». Pas « allée des Primevères », « allée de la Primevère ».

La maison est donc au numéro 72. Pas parce qu’il y en a 71 avant, mais parce que la porte se situe précisément à 72 mètres du début de l’allée.

La maison rose, juste à côté, c’est le 78. Pas parce qu’il y en a d’autres entre les deux, si vous avez bien suivi.

C’est le « 78, allée de la Primevère ». Quand pour la première fois j’entends nos nouveaux voisins prononcer à nvoix haute leur adresse, j’éclate de rire. Et leurs prénoms, c’est quoi, Isabolle et Patruck ? Leur adresse sonnt faux, avec ce 78 devant. On dirait un prof de ski sans marques de bronzage, une institutrice perdue avec sa craie sur une plage de nudistes.

Pour être honnête, je n’ai pas accroché avec cet incipit. Il faut dire que je suis très exigeante avec le début d’un livre puisque j’en ai lu des centaines à mes élèves : je commence tous mes cours de cette manière. J’en attends beaucoup car cette entrée en matière doit souvent montrer le meilleur. Là j’ai trouvé que cela sonnait presque comme un livre pour enfants. MAIS la suite m’a séduite. C’est comme si l’auteure avançait timidement, comme si elle était redevenue la petite fille qui découvre cette maison, l’apprivoise à tâtons, pour ensuite en prendre possession et s’y affirmer. Je trouvais que ces chiffres et ces précisions n’étaient pas nécessaires dès le début, même si j’ai bien compris la démarche qui consiste à poser le cadre avec précision.

En revanche deux pages plus loin je retrouve la sensiblité de Camille Anseaume, qui me touche tant :

Une ligne jaune est tracée au milieu de l’allée : c’est la limite que les enfants ne doivent pas franchir. Camille, de retour sur les lieux, observe le sol à cet endroit :

Plus la moindre trace de peinture.

A quelle date décide-t-on de ne pas repasser la ligne jaune ? D’ailleurs, est-ce qu’on le décide, ou est-ce qu’on oublie ? A quelle saison commence-t-on à faire confiance à son enfant ? est-ce qu’on estime vraiment un jour que la crainte des représailles, des voitures qui roulent vite et des messieurs qi proposent des bonbons sera plus forte que l’ardent nécessité de voir ce qui se passe au-delà de l’Alléedelaprimevère ? (…)

La fin de la ligne jaune, est-ce que c’est juste la fin du spray ou la fin de la petite enfance ?

Je ne vais pas vous en dévoiler davantage car j’aimerais que vous découvriez vous aussi le banc de l’entrée, la chambre des parents, le petit couloir, les toilettes du bas… J’espère que vous serez aussi touchés par la poésie qui émane de son écriture. Si j’avais un conseil à donner à Camille, ce serait de continuer à nous faire rêver ainsi, de prendre confiance en son écriture et en son pouvoir poétique. Bravo Camille !

 

 

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